Sénégal : arrestation de 12 hommes homosexuelles au nom de lois anti-LGBT strictes
Une manifestation au Sénégal réclamant un durcissement des lois contre l’homosexualité.
Par Angelina BOUZIANIPublié le 20/02/26 à 19h20Ce 9 février, la gendarmerie de Dakar procède à l’arrestation de douze hommes pour avoir commis des « actes contre nature » et pour transmission volontaire du VIH. En effet, le Sénégal pénalise les relations entre personnes de même sexe à travers l’article 319 du code pénal. Cette arrestation rappelle les deux tentatives de 2022 et de 2024 faites par des députés visant à augmenter les peines contre les « actes contre nature ». Ces propositions n’ont pas été adoptées : la pénalisation de l’homosexualité est contraire aux principes de non-discrimination et d’égalité. Toute relation homosexuelle est tout de même sanctionnée d’une amende se situant entre 100 000 et 1 500 000 francs CFA ainsi que d’une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Pour la transmission du VIH supposée volontaire, la peine peut s’étendre jusqu’à 10 ans de prison.
Des manifestations répétées de l’homophobie au Sénégal
Cette arrestation n’est pas un cas isolé, elle s’inscrit dans de nombreux événements haineux envers les personnes homosexuelles au Sénégal. En effet, l’hostilité envers les personnes LGBT s’est accentuée ces dernières années. En 2022 puis en 2024, des députés ont tenté, sans succès, de durcir encore les peines liées aux « actes contre nature », comme je l’ai affirmé plus haut. En octobre 2023, un événement choquant montre également la violence et la haine exercées vis-à-vis des personnes LGBT : dans le village de Kaolack, un homme soupçonné d’avoir été homosexuel a été brûlé et traîné sur la place publique. La scène a été diffusée massivement sur les réseaux sociaux, alimentant le climat de peur ressenti par les personnes LGBT ainsi qu’un climat de lourdes tensions présent au Sénégal.
La condamnation de la transmission du VIH : un enjeu pour la santé des Sénégalais
Sur le plan de la santé, les conséquences de l’incrimination de la transmission du VIH constituent un enjeu majeur pour la santé de la société sénégalaise. Lorsque consulter un médecin ou conserver des moyens de contraception peut être interprété comme un signe de séropositivité et donc comme un aveu incriminant, beaucoup peuvent choisir de se taire, mettant en danger leur santé et celle des autres. Selon un activiste interrogé par Human Rights Watch, de nombreux médecins craignent que leurs coordonnées soient retrouvées dans les contacts des personnes arrêtées et qu’elles puissent être utilisées contre eux. Dans un pays déjà plongé dans la méfiance, cette perspective pourrait dissuader encore plus de personnes souhaitant accéder à une aide médicale de se faire dépister ou de suivre des traitements spécifiques.
Droits fondamentaux mis en péril
Les droits liés à la vie privée sont largement entravés par l’utilisation de préservatifs ou de traitements anti-VIH comme preuve d’homosexualité, le fait d’imposer des tests et de dévoiler la séropositivité des personnes soupçonnées. En vue des engagements internationaux du Sénégal, celui-ci devrait protéger les droits des personnes LGBT et mettre fin aux lois discriminatoires.
Aujourd’hui, l’arrestation de ces douze hommes dépasse le cas individuel et s’inscrit dans une série d’actes d’hostilité, d’inégalités profondes et de violences exacerbées contre les homosexuels. Ce cas dépeint l’enracinement de cette idéologie dans les valeurs du pays et soulève la question de l’impact de ces lois sur la santé publique, la considération et le bien-être des individus dans ce pays marqué par une croissance démographique soutenue.